L’ESCALIER DE PENROSE

                C’est en 1958, dans le British Journal of Psychology que fut présentée pour la première fois l’étonnante perspective de l’escalier de Penrose, conçue par le généticien éponyme Lionel Penrose sur la base des travaux de son fils, le mathématicien et physicien Roger Penrose.

Et c’est en mars 2019 que cette étonnante figure d’un escalier en deux dimensions faisant quatre virages à angle droit pour revenir à son point de départ s’impose aux acteurs financiers décontenancés par la brutalité avec laquelle les marchés ont, en l’espace de six mois, descendu puis grimpé les escaliers de la cote, dans un ballet paradoxal où la rationalité des faits s’est heurtée à la psychologie des investisseurs…

De fait, la symétrie des comportements s’est nourrie d’un cocktail improbable composé des inquiétudes nées du rapport de force engagé par les américains pour faire face au déséquilibre de leur balance commerciale, avec dans un premier temps la Chine en ligne de mire. Cela eut comme conséquence de déstabiliser toutes les économies liées à l’Empire du Milieu, plus particulièrement les fournisseurs de matières premières et les exportateurs de produits à haute valeur ajoutée dont l’Allemagne, moteur économique d’une Union Européenne en plein questionnement, est le héraut.

Alors que le ralentissement économique mondial s’imposait dans les chiffres, l’autre dimension à laquelle se réfèrent en priorité les marchés financiers, le mouvement de hausse des taux d’intérêt déjà bien enclenchée Outre-Atlantique, s’est subitement arrêté lorsque les commentaires des banquiers centraux se sont adoucis en raison des risques sur la croissance mondiale et de l’éloignement des perspectives inflationnistes.

Les marchés qui avaient atteint leurs plus hauts niveaux historiques au printemps 2018, sauf malheureusement pour le CAC 40 encore bien éloigné des sommets de l’été 2000, sont ainsi passés d’une phase d’inquiétude profonde, qui s’est soldée par un décrochage des principaux indices de l’ordre de 20%, à une phase d’euphorie depuis le début de l’année, qui nous permet de revenir sur les plus hauts.

Entretemps, aux nouvelles positives sur le front de la guerre commerciale sino-américaine se sont rajoutés les excellents résultats de la grande majorité des sociétés cotées, de part et d’autre de l’atlantique, minimisant la crainte d’un ralentissement trop prononcé des économies.

Inquiète des conséquences d’un affaiblissement de ses exportations vers son principal client qui pourrait déstabiliser un pouvoir politique plus fragile qu’on ne se l’imagine, la Chine, en réinjectant 130 milliards dans son économie, et en présentant une image moins dominante à ses partenaires européens a écarté le risque d’une récession.

Simultanément, la Reserve Fédérale américaine par la voix de son Président Jérôme Powell, s’est déclaré subitement attentiste, abandonnant la politique de réduction de son bilan, et n’écartant pas la possibilité d’une nouvelle détente des taux d’intérêt.

Il n’en fallait pas plus pour que les marchés réagissent aussi vivement à la hausse qu’ils l’avaient fait à la baisse, conduits essentiellement par les acteurs les plus volatils que sont les fonds spéculatifs et les outils algorithmiques, tandis que les investisseurs finaux courraient sans conviction derrière les indices, comme l’indiquent les volumes étonnamment faibles qui se sont échangés pendant toute cette période malgré les très fortes évolutions de la cote.

Maintenant que nous voilà revenus peu ou prou au niveau de l’été dernier, la question se pose de savoir si cette tendance positive va se poursuivre.

De toute évidence, les perspectives économiques se sont assombries et le retour à une croissance forte, surtout aux Etats-Unis qui vivent une fin de cycle, est peu probable.

La réaction des autorités monétaires fait croître le niveau de liquidité ainsi que la dette, et repousse de ce fait le moment où le prix des actifs sera directement lié avec la réalité économique.

 

Achevé de rédiger le 12 avril 2019

Le Président du Directoire

O. Wargny

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