Comme les marchés boursiers, le jazz s’est ouvert au grand public à la fin du 19ème siècle, et a connu depuis lors nombre d’évolutions, toutes plus ou moins liées au degré de sophistication des instruments et à leur digitalisation, tout comme les mathématiques quantiques et l’informatique ont occupé une part de plus en plus importante dans le comportement des investisseurs…

Avec l’arrivée de l’automne, les nuits sont plus longues, et les lumières de la ville s’allument plus tôt au rythme du crépuscule ; l’ambiance devient propice au réveil des sonorités qui flattent le quant-à-soi, tout autant qu’elles font naître mélancolie et abandon.

Sur les marchés boursiers, c’est une musique souvent teintée de cette mélancolie et de cet abandon qui rythme la vie des investisseurs. Portés par  le souvenir des grands krachs survenus au cours de l’automne, ils n’hésitent pas à céder au blues après avoir dansé longtemps le ragtime…

Mais les partitions ont changé, et les musiciens aussi depuis la dernière crise qui avait emporté nombre d’acteurs de la finance dans un free jazz débridé.

Les principales institutions bancaires se sont entretemps beaucoup renforcées, et les autorités réglementaires ont légitimement mis l’accent sur le renforcement de leurs fonds propres, engendrant parfois la paralysie, tant la mise en œuvre de ces mesures est lourde en terme de moyens informatiques, humains et financiers.

Pour autant, nombre d’acteurs opportunistes, hedge funds et vendeurs à découvert, tels des solistes s’échappant de leur formation, tentent de créer un environnement anxiolytique, comme le ferait un trompettiste trop inspiré qui, profitant d’un moment de relâchement, surprend soudain son public.

En économie, comme en politique, ces phénomènes liés à des anticipations non linéaires, comme le sont toutes les activités humaines, provoquent parfois des couacs, mais il faut raison garder.

Malgré une décennie précédente au ralenti, l’annonce par le FMI d’une croissance plus lente qu’espérée en 2018 et 2019, dans un environnement d’endettement de plus en plus lourd, et particulièrement dans des pays émergents qui souffrent d’une hausse du dollar dans lequel leurs dettes sont majoritairement souscrites, a provoqué un changement d’atmosphère.

Or dans un marché privé de volatilité, toute tentative de jouer sa partition étant réduite à néant, cela entraîne l’atonie des gérants, comme si la salle s’était assoupie avec le son d’un saxophone trop lié à celui du piano électronique.

Le réveil est un peu brutal, mais il a au moins cet avantage que chacun s’intéresse de nouveau au concert !

Certes, les inquiétudes nées des tensions commerciales très fortes initiées par le Président américain ont un effet sur le ralentissement des échanges entre les continents en pesant plus lourdement sur une Chine jusqu’alors trop largement avantagée au regard des critères retenus par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), et par ricochet sur les fournisseurs de matières premières et les produits à fortes plus-values, comme le luxe ou l’automobile.

Seul le maintien de taux d’intérêt trop élevés, eu égard à l’inflation anticipée, peut réellement inquiéter des économies trop endettées. Pour autant, l’endettement des pays de l’OCDE a tendance à se stabiliser, voire à baisser, malgré la fuite en avant des Etats-Unis en matière de déficits budgétaires.

C’est aussi la raison pour laquelle, sur ce sujet aussi sensible, les soubresauts de la politique italienne résonnent comme une fausse note qui perturbe l’ensemble des concertistes, faisant fi de la partition commune pour ne se concentrer que sur sa propre mélodie, toute populiste fût-elle…

Mais là encore, il faut raison garder. Il n’est ni dans l’intérêt du Président américain qui a besoin de la confiance des marchés boursiers pour financer ses déficits budgétaires colossaux, ni du gouvernement Italien qui risque de mener à la ruine les petits épargnants au cœur de son électorat, de déclencher une vraie crise.

La correction actuelle nous rappelle que le marché doit reprendre sa respiration. Le niveau des taux, en se stabilisant, devrait permettre aux indices de résister à une baisse trop prononcée, tout comme les publications des résultats des sociétés cotées, meilleures que prévues, soutiennent les anticipations de rendement pour les dividendes à venir.

Il va falloir reconquérir les sommets, et les craintes que ce brusque mouvement d’humeur des investisseurs ont fait naître, nous obligent à être plus patients que prévu, laissant les soubresauts politiques prendre le pas sur l’amélioration de la conjoncture et la maîtrise de l’endettement des états.

 

Achevée de rédiger le 15 octobre 2018

Le Président du Directoire

O. Wargny

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