METAVERS

« Le vrai est qu’il est aussi impossible de concevoir l’esprit que d’imaginer ce qui n’est pas. »

                                                                                                        Edgar Allan Poe

En cette période de fin d’année bercée par la féérie de Noël née du solstice d’hiver dans le monde occidental, et propice aux bilans de toutes natures, le monde de la finance s’arrête-t-il au réel ou bien continue-t-il de glisser vers un ailleurs nourri aux injections de monnaie des banques centrales et aux rachats records de leurs propres titres par des entreprises qui ne savent plus quoi faire de mieux de leurs disponibilités surabondantes.

Une finance qui auto-entretient ainsi ses propres excès serait-elle devenue un monde virtuel dopé par l’accroissement des liquidités, cherchant à susciter des besoins rendus illimités par l’apport des technologies, et générant le déclassement irrémédiable de tout ce qui ne correspond pas à l’immersion dans le monde du bien-être fantasmé, comme pourrait le laisser supposer l’envolée des valeurs liées au numérique ou au luxe ?

Le penser serait réduire l’état des choses à celui d’hier, d’avant la pandémie, et à l’émergence d’une génération qui n’a pas les mêmes repères et qui bâtit son avenir sur un modèle unique porté par l’écrasante domination des GAFAM et des grandes marques qui se jouent des frontières et de la tradition, même dans un pays aussi nombriliste et autocratique que la Chine.

Dans le pays de Rimbaud, poète célébré pour avoir su dépasser le classicisme ambiant par ses envolées cherchant l’inconnu au-delà des perceptions humaines, et multipliant les apophtegmes qui l’ont rendu célèbre, comme « Changer la vie », « Posséder la vérité dans une âme et dans un corps », ou « Il faut être absolument moderne », n’est-on pas bien placé pour accepter que la finance déverse sans compter et au-delà de toute notion comptable les dizaines, voire les centaines de milliards qui permettent à quelques visionnaires d’écraser toute concurrence et de nourrir les rêves les plus fous pour unifier la société de consommation ? En d’autres termes, Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, renommé Meta Platforms est-il le Rimbaud du numérique, et Elon Musk, le patron de Tesla, le digne héritier de Jules Verne ? Et que dire de l’envolée des cryptomonnaies dont l’effondrement sous les coups d’une régulation comme d’habitude trop tardive, ferait passer la crise des subprimes qui a failli faire sauter toute la finance mondiale il y a une douzaine d’années seulement pour un aimable jeu de dominos ?

La réalité de tout cela, celle à laquelle les gérants de vos actifs que nous sommes sont maintenant confrontés tous les jours, est que la notion de valeur a été largement galvaudée sous la pression combinée de l’accélération technologique, des modes de consommation à l’échelle de la planète, et des besoins politiques conjoints nés de la lutte contre la pandémie, une première à l’échelle de la planète.

La conjonction de ces éléments nous oblige à une certaine prudence face à une accélération inattendue des indices boursiers, nourris du poids grandissant au sein de ceux-ci des valeurs qui participent de façon exponentielle à ce nouvel univers au sein duquel toute référence est vaine.

Dans l’univers décrit ci-dessus dont nous ne mésestimons pas la portée ontologique et civilisationnelle, ne pas se tenir à une discipline ferme pour favoriser le court terme au détriment d’une performance solide alors que nous venons de traverser deux fois en douze ans les plus graves crises économiques depuis celle de 1929, ne rentre pas dans la logique qui est la nôtre d’asseoir la progression de vos actifs de manière constante afin de vous rassurer sur la solidité de votre épargne.

Nous pensons que l’évolution trop récente encore des marchés financiers depuis le début de l’année est en train de nous donner raison, tout autant que les déséquilibres qui ne manqueront pas de naître de tels excès, confrontés au retour des mesures sanitaires un peu partout dans le monde.

Les tensions renaissantes sur le pouvoir d’achat liées à la résurgence de l’inflation et aux distorsions de patrimoine entre les détenteurs d’actifs, essentiellement les générations plus âgées, et les salariés, ainsi que les contraintes qui vont naître du financement accéléré de la transition énergétique auront des conséquences qui ne se reflètent pour l’heure pas dans une dimension politique trop inquiétante.

On peut espérer de fait que les banques centrales sauront en profiter pour réduire leurs engagements de manière coordonnée sur une longue période, ce qui restera le meilleur atout des marchés financiers, mais on ne peut pas exclure que la très grave crise immobilière qui semble se dessiner en Chine et les velléités guerrières des autocraties en mal d’existence ne viennent troubler le jeu.

On ne basculera pas impunément dans le monde virtuel, le metavers, vers lequel la technologie et les jeunes générations nous conduisent sans que le monde réel nous rappelle à la raison… En attendant, c’est avec le soulagement d’avoir traversé ces années difficiles, ancrés dans le temps présent, que nous sommes heureux de vous renouveler nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année !

 

Achevé de rédiger le 12 janvier 2022

Le Président du Directoire

Olivier Wargny

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