“ Sept cent millions de chinois, et moi, et moi, et moi, avec ma vie, mon petit chez moi,

mon mal de tête, mon point au foie, j’y pense et puis j’oublie… »

                                                                                             Jacques DUTRONC, 1966.

                Il y a bien longtemps qu’on ne regarde plus Catherine Langeais à la télévision chez soi, et les chinois sont devenus un milliard quatre cent millions, mais aujourd’hui nous avons les « gilets jaunes »  dans la rue, et nous attendons toujours nos chèques de fin de mois !

Tandis que dans de nombreux pays occidentaux, qui en furent pourtant les premiers bénéficiaires, se multiplient les remises en cause des effets de la mondialisation, de façon institutionnelle avec l’émergence de partis politiques contestataires de l’ordre européen établi, ou à travers des mouvements sociaux sporadiques, la croissance que l’on espérait pérenne s’essouffle…

Le nombrilisme occidental dont Jacques Dutronc se faisait ironiquement le chantre lors des Trente Glorieuses ne s’est pas effacé totalement avec l’avènement économique des pays émergents. Il restait même insensible au poids grandissant de la dette tant que les nouveaux acteurs mondiaux, Chine, Europe de l’est, Asie du sud-est, Brésil, Turquie, Inde, Afrique minière, assuraient sans heurt la croissance mondiale tandis que le ralentissement de la productivité et de la démographie dans les pays développés déséquilibraient leurs finances.

Mais après trente ans d’un décollage économique qui a permis de réduire des deux tiers l’extrême pauvreté dans le monde (estimée à 0,80 dollar par jour en parité de pouvoir d’achat !), le cycle s’est retourné dans les pays émergents provoquant le raidissement de leurs gouvernants, et le poids de la dette s’est fait à son tour sentir chez ces nouveaux acteurs de la croissance mondiale.

Certes, les bienfaits comme les défauts de la digitalisation ne se sont pas arrêtés aux frontières du monde occidental, mais elle est dans un premier temps un facteur déstabilisant car elle ne profite que de façon minoritaire à une grande partie de l’humanité qui ressent surtout un risque de marginalisation lié à l’âge et au déclassement professionnel.

Les troubles sociaux et politiques se multiplient partout dans le monde et expriment avant tout un conservatisme légitime qu’attisent nombre de courants religieux sur fond de dérèglement climatique.

L’avènement de nouvelles générations qui partagent plus facilement par le biais du numérique des aspirations à un avenir commun censé réduire des déséquilibres pour l’heure insurmontables, est loin d’être acquis, et l’économie mondiale souffre de ce passage de témoin douloureux.

Tous les blocages politiques que nous observons à l’heure actuelle partout dans le monde et qui nuisent tant aux perspectives économiques reposent sur cette réalité et génèrent un repli sur soi qui s’observe assez naturellement en fin de cycle.

Pour autant, il est probable que cet enchaînement de facteurs politiques n’aura qu’un temps; le ralentissement de la Chine qui pèse si lourd sur nos économies en raison de l’opacité qui préside à l’état réel de son économie face au raidissement américain va durer mais sans remettre en cause le développement d’une grande partie du pays si vital pour l’exploitation minière de l’Afrique dont elle est devenue le principal client.

Xi Jinping n’est pas Staline qui avait fait fusiller le grand économiste Kondratieff parce qu’il avait eu le tort de lui expliquer que le capitalisme se régénérait par cycle et que la crise de 1929 ne durerait pas éternellement…

D’autres pays prennent d’ores et déjà le relais de l’usine du monde, laborieusement en Inde, plus vigoureusement en Asie du Sud-Est.

Sur les marchés financiers, cette tendance est déjà à l’œuvre avec un basculement sensible des capitaux vers des pays émergents, hors Chine, qui souffrent déjà moins du resserrement du crédit impulsé par la FED ; en effet celle-ci, en remontant ses taux, avait renchéri un dollar dans lequel est encore libellé l’essentiel de leurs dettes.

Cette tendance devrait permettre à l’ensemble des économies du monde de se stabiliser et d’éviter ainsi de basculer dans la récession comme le laissaient craindre les Cassandre au cours de l’automne.

En ce début d’année, l’impressionnant rebond des marchés actions, qui avaient si mal réagi lors du dernier trimestre aux mauvaises nouvelles sur le front politique, nous laisse à penser que si l’éclipse peut encore durer, on voit de nouveau apparaître la lumière du soleil, car les résultats affichés par la plupart des grands groupes sont meilleurs qu’attendus.

Pour autant, les zones d’ombre sur l’économie mondiale ne vont pas s’effacer du jour au lendemain tant le poids de la dette pèse lourdement et tant que l’opacité continuera à régner sur la Chine qui doit continuer à s’ouvrir pour assurer son développement et le nôtre.

 

Achevé de rédiger le 31 janvier 2019

Le Président du Directoire

O. Wargny

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