MORT A CREDIT

« On ne meurt pas de dettes, on meurt de ne plus pouvoir en faire. »

                                                                                                          Louis-Ferdinand Celine

 

Cette œuvre de celui qui fut le triste paria des Lettres Françaises fait suite au « Voyage au bout de la nuit » et témoigne de la paupérisation d’une frange de la bourgeoisie à l’aube des Années Folles ; ces années qui avaient consacré le retour inattendu de l’insouciance après l’hécatombe de la Première Guerre Mondiale, elle-même suivie de celle, bien pire, de la grippe espagnole la mal nommée, puisque d’origine américaine.  Le nombre de victimes est estimé entre 50 et 100 millions de 1918 à 1920 pour une population mondiale de 1,81 milliard d’individus soit, à ce jour, entre 80 et 150 fois plus léthale que la pandémie actuelle rapportée à la population mondiale…

Cet étrange paradoxe, qui prouve l’étonnante vitalité des populations après des épreuves d’une telle ampleur, s’est soldé dix ans plus tard par le plus grand krach de l’histoire de la finance. Il s’était nourri d’une frénésie d’emprunts, à l’origine d’une surcapacité de production face à des consommateurs trop souvent misérables à la sortie d’un conflit ravageur pour les finances publiques de l’ensemble des pays industrialisés, et d’une spéculation débridée sur les marchés financiers.

Il peut paraître justifié de regarder le présent à l’aune de cette période, si l’on exclut bien entendu la guerre, tant certains traits de la conjoncture actuelle nous rappellent que les excès en tous genres finissent toujours mal. On citera pêle-mêle : l’engouement des consommateurs dès les mesures de confinement levées qui étonne même les banques centrales, trop contentes de voir les trop pleins d’épargne se déverser sur une économie en récession, mais aussi l’appauvrissement croissant d’une large fraction de la population inquiète de l’avenir et des limites de l’Etat Providence, ainsi que l’euphorie des marchés après la pire récession mondiale depuis la guerre.

Or, si la science est en train de nous prouver la capacité des hommes à relever les défis les plus nobles par la découverte de vaccins en un temps record, la science économique est sans doute en train de connaître une révolution tout aussi remarquable même si, comme pour toute révolution, il faut se méfier de ses excès !

Soulignons d’abord, puisqu’il s’agit de notre sujet principal, que la bonne santé des marchés financiers et l’impressionnante résilience de l’immobilier confrontées à cette conjoncture effroyable, ne sont pas la résultante d’une euphorie spéculative. En effet, rien sur le plan psychologique, pandémie oblige, ne pousse les acteurs économiques à surenchérir, sauf sur quelques supports qui relèvent plus de l’imagination (Tesla, Bitcoin, etc…) que de la rationalité, même si l’avenir qu’ils dessinent s’inscrit dans un courant plus vaste.

C’est le niveau des taux d’intérêts maintenus artificiellement bas par les banques centrales qui permet à la valeur des actifs de continuer de s’apprécier, et aux états de financer leurs politiques budgétaires à des taux négatifs. Mais ce faisant, la FED et la BCE, mais aussi la BOJ (Japon) et la BOE (Royaume-Uni) créent une quantité de monnaie qui n’est pas corrélée à la création de richesse, ce qui signifie que la valeur nominale de la monnaie se détériore par rapport à la valeur des actifs.

C’est ainsi que les prix ne baissent pas alors qu’il y a plus de liquidités pour les acheter sans qu’il n’y ait d’inflation. Cette dernière intimement corrélée à la vitesse de la circulation de la monnaie dans l’économie, étant ralentie par la récession, on assiste à un phénomène de neutralisation de la valeur nominale des actifs, celle-ci étant soutenue par une injection de liquidités représentant 20% du PIB sans création de richesses en contrepartie, afin d’éviter la déflation et par conséquent, la dégradation du bilan des banques comme en 2008.

En temps normal, la création monétaire dans un seul pays finit par déboucher sur un réajustement de la devise, car celle-ci se trouve affaiblie du fait que sa valeur intrinsèque n’est plus conforme à la réalité de son économie. Mais dans le monde que nous connaissons, toutes les économies développées connaissent le même problème au même moment, ce qui explique que ce déséquilibre n’apparait pas, et que la seule conséquence est la valorisation nominale des actifs, puisque la détention de liquidités ne génère que des rendements négatifs.

Bien entendu, tout cela reste fondamentalement malsain, et risque d’accroître les inégalités entre ceux qui possèdent ces actifs, et tous les autres de plus en plus nombreux qui ne sont pour l’heure pas à même de réaliser l’impasse sociale et politique où mènent ces déséquilibres.

En outre, le phénomène de décroissance démographique fige l’économie année après année, accroissant la dette pour les générations actives (ou à venir). De fait, celles-ci ne connaîtront pas, contrairement à leurs aînés, l’époque bénie où l’inflation en réduisait le poids, puisque l’argent circulant de moins en moins vite, l’un des deux facteurs à l’origine de celle-ci s’amoindrit, comme on l’observe au Japon depuis 30 ans !

Ce sombre tableau cache en réalité des phénomènes qui pourraient permettre de rétablir un certain équilibre en raison des mutations que la digitalisation de l’économie apporte, et du fait que pour éviter de graves soubresauts politiques et sociaux, la structure de la dette portée par les banques centrales pourrait être modifiée de façon à rassurer les épargnants.

D’une part, la dématérialisation des moyens de paiement accroît la circulation de la monnaie, ce qui pourrait réduire le risque déflationniste, et d’autre part, on pourrait neutraliser la part de l’endettement des états directement liée à la pandémie, soit 25% du total, en créant une dette perpétuelle dont les banques centrales assureraient le roulement en la refinançant à taux zéro, afin que le poids des intérêts ne pèse pas sur le budget des états.

On a en effet constaté qu’hors celles rendues indispensables pour lutter contre le ralentissement économique dû à la pandémie, la plupart des économies étaient en voie de stabiliser leur endettement, voire de le réduire, car les perspectives économiques du début de l’année 2020 étaient bonnes partout dans le monde, ce qui a permis de convaincre l’Allemagne d’accepter le plan de relance de 750 milliards d’euros.

Enfin, et pour assurer le retour d’un équilibre avec les jeunes générations qui auront à affronter le redoutable défi climatique tout en supportant le poids de la dette, les anciens verront leur retraite maintenue, mais en valeur nominale, et leur épargne liquide investie en emprunts ne leur assurera plus de rendement, ce qui équivaut à payer un impôt, et réduira sur le long terme leur pouvoir d’achat comme le faisait l’inflation et les dévaluations qui s’en suivaient.

Pour nos clients, qui ont pris conscience depuis longtemps que répartir leurs actifs sur des supports créateurs de richesse capables de s’adapter à un monde qui change si brutalement, le choc pourrait être salvateur aussi longtemps qu’un cadre politique favorable accompagnera ces mutations.

C’est le message le plus serein que toute notre équipe souhaite vous faire passer en cette nouvelle année pleine d’espoir.

 

Achevé de rédiger le 18 janvier 2021

Le Président du Directoire

Olivier Wargny

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